Appel à communication

L’APPEL A COMMUNICATION EST DÉSORMAIS CLOS.

Que faire « pour la suite du monde », comme disait l’un des personnages du grand film de Pierre Perrault (1963)? Si une majorité d’Occidentaux semble s’accorder à présent pour considérer que l’espèce humaine est menacée à moyen terme par une crise environnementale dont elle est pour l’essentiel responsable, la question des mesures à prendre pour faire face à ce risque majeur est loin d’être tranchée.

Le projet d’un « développement durable » ou « soutenable » a la faveur du plus grand nombre. Formulé au cours des années 1980 et entré officiellement en politique lors du Sommet de Rio en 1992, ce projet repose sur l’idée qu’il est à la fois nécessaire et possible de concilier respect de l’environnement, croissance économique et progrès social. On le sait, la notion de « développement durable » est désormais omniprésente, non seulement dans le débat politique, mais également dans le monde des affaires.

Cependant, peut-on vraiment envisager une croissance économique continue qui n’aggraverait pas la crise environnementale dont nous constatons chaque jour davantage les symptômes? Est-il possible que l’on puisse se développer à l’infini dans un monde fini?

Par ailleurs, l’effort de croissance n’a de sens que dans la mesure où il favorise l’accomplissement de ces deux idéaux fondateurs de l’Occident moderne que sont l’égalité et la liberté individuelle. Or, la création de richesses phénoménales dont nos sociétés sont capables, les progrès scientifiques et techniques qu’elle accomplissent, ne se traduisent pas nécessairement par davantage d’égalité entre les humains, ni davantage de liberté. C’est même le contraire que l’on a maintes fois observé, notamment au cours des trois dernières décennies, que ce soit en Occident ou ailleurs.

Dans ces conditions, ne serait-il pas temps de remettre en question cette course à la croissance et au développement – même « durable » – dans laquelle nos sociétés sont engagées? Plutôt que de « relancer la croissance », comme promettent actuellement de le faire nos dirigeants politiques et économiques, ne vaudrait-il pas mieux profiter de la crise qui s’amorce pour tenter de bâtir un monde reposant sur de tout autres fondements ? Telle est, dans son principe, la voie que préconisent les partisans de la « décroissance soutenable » ou « volontaire ».

Prôner une telle solution ne va évidemment pas de soi. Au moins depuis les Recherches sur la nature et les causes de la richesses de nations (Adam Smith, 1776), les « modernes » considèrent que leur bonheur passe par une amélioration continue de leur bien être matériel. La révolution industrielle repose entièrement sur cette prémisse; une prémisse que partagent «socialistes » et « capitalistes ». Le projet de « décroissance » implique donc une remise en cause fondamentale de notre monde. Mais la situation présente n’exige-t-elle pas une véritable rupture ?

Cela dit, la question reste posée de savoir en quoi consisterait une société de « décroissance » et comment s’engager sur cette voie. Peut-on concevoir notamment de « décroître » sans pour autant en revenir à des mondes du passé ? Le projet de décroissance ne renoue-t-il pas avec une forme de malthusianisme à la fois désuet et inquiétant? Un tel projet ne risque-t-il pas de se heurter à une « nature humaine » spontanément portée vers la croissance et le développement? Et dans ce cas, sa mise en œuvre peut-elle éviter l’écueil des solutions autoritaires ? Ne vaut-il pas mieux dès lors en rester au projet de « développement durable »?

La raison d’être de ce colloque est de permettre une discussion critique, rigoureuse et éclairée, de ces deux manières d’œuvrer « pour la suite du monde ». Dans cette perspective, nous invitons les personnes préoccupées par ces questions, quel que soit leur domaine de spécialité, à nous soumettre des propositions de communication apportant des éléments de réponse à l’une ou plusieurs des séries de questions suivantes :

  1. Qu’est-ce que le « développement durable » et qu’est-ce que la « décroissance soutenable »? Quels sont les fondements théoriques de ces deux options ? De quelles traditions intellectuelles et politiques sont-elles les héritières ? Quelles sont les principales différences entre elles? Sur quels plans ou sur quels points se rejoignent-elles?
  2. Quels sont les principaux arguments en faveur de chacune de ces options ? Pourquoi préférer le « développement durable » ou la « décroissance soutenable »? Quelles sont les limites et les risques propres à chacune de ces solutions? Pourquoi la thématique du « développement durable » a-t-elle connu un tel succès au cours des dix dernières années? Pourquoi le projet d’une « décroissance soutenable » reste-t-il à ce jour marginal?
  3. Comment mettre en œuvre pratiquement chacune de ces deux options? Sur quels types d’actions ou de projets débouchent-elles ? Qu’est-ce que serait une société en « développement durable », comparée à nos sociétés actuelles? Qu’est-ce que serait une société « décroissante » ou « a-croissante »? Quels sont les principaux obstacles à la mise en œuvre d’un « développement durable » ou d’une « décroissance soutenable »?

Les réponses que nous sollicitons à ces questions devront prendre appui soit sur un travail de recherche (théorique et/ou empirique), soit sur des expériences pratiques dans les domaines concernés par cet appel. Les propositions formulées par de jeunes chercheurs ou des chercheurs non-universitaires sont les bienvenues. En revanche, ce colloque n’a pas vocation à servir de tribune politique. Notre ambition est de produire un débat de fond sur ces questions, suivant le modèle vénérable de la disputatio médiévale. Pour cette raison également, nous ne retiendrons qu’un nombre limité de communications, qui toutes seront présentées en conférence plénière, au cours des deux jours que durera le colloque.

Toujours par souci de privilégier la qualité des débats, les intervenants seront sélectionnés par des pairs, sur la base du texte complet de la communication qu’ils proposent et selon la règle du double anonymat. La version définitive des textes sélectionnés devra être disponible avant le colloque, de façon à ce que des actes soient remis aux participants.

La publication ultérieure des meilleurs papiers sous la forme d’un livre, d’une part, et dans le cadre d’une revue académique, d’autre part, est à l’étude.

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