Pleins gaz vers les changements climatiques

Ces derniers jours, les constructeurs automobiles nord-américains ont réclamé plus d’argent encore pour leur relance. Des annonces ont été faites à Québec pour redresser le réseau routier (3,7 milliards en 2009-2010) et l’échangeur Dorval va être réaménagé pour 224 millions.

Par contre, il a été impossible d’annoncer le lien ferroviaire entre Dorval et le centre-ville [de Montréal], dont les études du BAPE remontent à janvier 2006, et l’Agence métropolitaine de transport s’est fait confirmer qu’aucune somme supplémentaire ne serait accordée pour améliorer le service, malgré les ratés du début d’année et les sommes débloquées, par ailleurs, pour «relancer » l’économie. Quant au train à grande vitesse dans le corridor Québec-Windsor, son sabot de Denver n’est pas près d’être retiré.

Au cas où les ministres du Transport et des Finances ne le sauraient pas, le secteur des transports est le principal contributeur de gaz à effet de serre (GES) au Canada et au Québec : 26% des émissions canadiennes viennent directement de la combustion de pétrole, 41% des émissions québécoises. Pour produire ce pétrole et le raffiner, d’autres émissions sont nécessaires: 18% s’y ajoutent, au niveau canadien. C’est donc plus de 40% des émissions canadiennes qui sont directement associées au transport. Ce secteur, on le connaît très bien: la taille des voitures n’a cessé d’augmenter ces dernières années, tout comme leur nombre, générant les problèmes de congestion croissants qu’on connaît.

Ces voitures, où nous mènent-elles ? Dans des maisons en périphérie des villes, là où les demeures unifamiliales consomment plus d’énergie pour être chauffées, parce qu’elles sont plus grandes. Un ménage québécois consomme ainsi 21 500 kWh par an dans une unifamiliale, contre 12 700 kWh pour un ménage en appartement. Ces maisons ne consomment pas seulement plus d’énergie parce qu’elles sont plus grandes. Elles sont aussi plus inefficaces. Par mètre carré, un appartement consomme 214 kWh par année, tandis que l’unifamiliale québécoise consomme près de 25% de plus pour la même surface: 264 kWh. C’est comme si les voitures rendaient particulièrement accessibles l’inefficacité énergétique chez soi. Il ne faut pas être un expert en quoi que ce soit pour comprendre que continuer dans la voie du transport routier, en plus avec les constructeurs automobiles les plus inefficaces, c’est se rendre incapable de «prendre le virage », comme le gouvernement Harper nous y invite pourtant avec son plan d’action «pour réduire (sic) les gaz à effet de serre et la pollution atmosphérique». Au début février, le rapport annuel du commissaire fédéral à l’environnement et au développement durable, Scott Vaughan, nommé par le gouvernement Harper lui-même, affirme que «nous ne sommes pas sur la voie du développement durable» et que le gouvernement est incapable de mesurer l’efficacité de ses propres programmes. En dépensant plus d’argent pour le réseau routier et en refusant d’investir dans des proportions équivalentes dans le transport collectif, le gouvernement provincial s’associe au fédéral dans le convoi vers les changements climatiques. Le plus aberrant, c’est que nous subventionnons ce cortège, et nous pavons à coup de dettes notre propre route vers l’embouteillage où nous observerons, impuissant, le climat changer.


À propos de Pierre-Olivier Pineau

Spécialiste en politique énergétique, Pierre-Olivier Pineau est professeur agrégé au Service de l'enseignement des méthodes quantitatives de gestion à HEC Montréal.
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